Maires de Cras (2)

La première délibération conservée est en date du 25 mars 1792. Jean-Baptiste Perrin, le premier maire de Cras, avait été nommé le 7 mars 1790 et, conformément au décret de novembre 1791 visant à renouveler les municipalités, il est légitime de penser que son successeur, François Perrin, a été proclamé maire quelque trois mois avant notre première délibération. Il le restera jusqu’au premier décembre 1792, date à laquelle sa municipalité, en exécution du décret du 22 septembre 1792 en recommandant le renouvellement, convoque l’assemblée générale de tous les citoyens de la communauté, assemblée formée en l’église, lieu accoutumé pour ses rassemblements. Tout ceci pour dire aussi que cette seconde mandature fut un peu plus courte que celle de son prédécesseur.

François Perrin, qui s’était remarié deux fois, cultivait alors le domaine de Lange (depuis l’année 1775). Ce domaine, appelé par avant domaine du château, était le plus important des domaines de l’ancienne seigneurie baronnie. François Perrin avait donc été, avant la Révolution, fermier du dernier seigneur baron et il fut nécessairement un témoin privilégié de la démolition du château qui eut lieu entre février et août 1794[1].

François Perrin était né à Cras le 8 janvier 1743 de Claude Perrin et Claudine Berger. Il décéda à son domicile de Lange le 14 pluviôse an V (= 2 février 1797). Il eut également un fils prénommé François qui fut fermier à Lange. Nous ignorons pour l’instant s’il existait un lien de parenté entre lui et son prédécesseur maire (des Matrais). Cela est probable mais nous ne pouvons toujours pas le certifier.

Il y a peu de choses à dire de son mandat si ce n’est de cette plainte formulée par un certain Pierre Maître au sujet d’un rôle d’augmentation de la cure. Notre notable dénonçait les erreurs grossières du greffier, soutenu selon lui par les officiers municipaux entre les pots et les verres (c’est la formule employée)[2].

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C’est François-Joseph Ryon qui, le premier décembre 1792, allait lui succéder. F.-J. Ryon n’était pas un inconnu, lui qui officiait en tant que notaire public à Cras depuis janvier 1781. Voici, à son sujet, la notice du Dictionnaire des hommes et des femmes politiques de l’Ain (en ligne) :

« Né le 3 mars 1759, fils de Claude Joseph Rion, notaire à Chanoz de 1754 à 1777, et de Marguerite Guy. Notaire à Chanoz-Châtenay de 1780 à l’an II, député de Cras pour le Tiers État à l’assemblée générale des trois ordres à Bourg le 23 mars 1789, élu président de l’assemblée des citoyens de Cras et procureur de la commune le 7 mars 1790, maire cité dès mars 1793 et le 21 frimaire an II (11 décembre 1793), lorsque le représentant du peuple, Javogues, le nomme membre du directoire du district. Il est reconduit par arrêté de Gouly du 25. Mandaté comme tel pour visiter, le 21 nivôse an II (10 janvier 1794), Rollet-Marat, Blanc-Désisles et Convert incarcérés sur ordre de Gouly. Renouvelé membre du directoire du district de Bourg par Albitte le 4 pluviôse (23 janvier 1794). Il décède la même année. »

On rectifiera simplement dans tout cela, comme dit plus haut, et son lieu d’exercice de notaire public (à Cras, dès 1781) et le début de sa première mandature (1er décembre 1792).

F.-J. Ryon eut un rôle actif et déterminant dès les débuts de l’ère révolutionnaire. On l’avait élu président de l’assemblée des citoyens de Cras et procureur de la commune. Le 15 mars 1789, c’est devant lui que comparaît l’assemblée et les doléances de la paroisse ont été retranscrites et signées de sa main. Autant dire que le notaire Ryon, avant que d’en devenir le premier magistrat, présidait depuis quelques années déjà aux destinées de la commune.

En matière de doléances, il serait intéressant de chercher à savoir la part que prit notre notaire dans la rédaction du cahier, détaillé, structuré en titres et en articles –  lequel était censé exprimer celles de toute la communauté mais, pour lors, signalons qu’il en est un autre, toujours de sa main, plus intéressé dirions-nous et intitulé Doléances d’un notaire de campagne. Deux articles seulement mais voici le deuxième, édifiant quant au rôle qu’il entendait jouer, lui et ses pairs, dans la nouvelle société :

« Si on suprime les justiçes seigneuriales, comme c’est le voêu de la nation, il faudroit attribuër aux notaires de campagne les fonctions des offiçiers locaux des justiçes subhalternes, chacun dans son district. Cette amélioration qu’on feroit aux notaires ne préjudiçiera a personne, et fera rechercher ces charges par ceux qui sont capables de les exerçer avec honneur. On ne verra plus alors ce grand nombre de proçês occasionnés par l’ignorançe et l’incapacité d’un grand nombre de nores innonder les tribuneaux. Ce n’est que le bien général qui m’a porté a faire çes observations. »

J.-F. Ryon, ainsi qu’il a été dit plus haut, avait pris une part active, en tant que procureur de commune, dans la procédure dirigée à l’encontre du curé réfractaire Dunand, visant à l’expulser car cherchant à nuire à la nouvelle constitution (procès-verbaux des 19 juin et 17 août 1791). Mais l’un des temps fort de sa mandature fut le recrutement des soldats nationaux. Recrutement qui n’allait pas sans mal car, outre les refusés pour cause d’infirmité, des soldats désignés par le sort étaient portés fuyards. Il fallait compléter de toute urgence le contingent et l’assemblée se refusait à faire d’autres nominations avant que l’on n’ait réglé le sort de ces déserteurs (au sujet desquels le maire disait avoir fait lui-même ses diligences pour faire marcher la Gendarmerie, diligences qui avaient été toutefois infructueuses). Les choses traînaient en longueur et notre maire se trouvait dès lors en porte-à-faux. Accusé, selon ses dires, d’être contraire au recrutement si nécessaire au salut de la République. Aussi bien, estimant que, sans confiance on ne peut être d’aucune utilité dans le poste de maire, il donna sa démission à la date du 14 avril 1793. Deux des membres de l’assemblée furent députés auprès de lui afin de le faire changer d’avis. Sur son refus, on procéda à l’élection d’un nouveau maire. Ayant réuni 56 suffrages sur 57 votants, F.-J. Ryon fut réélu. Plein de reconnaissance, il disait ne rien devoir négliger « pour répondre a leur attente » (délibération du 22 avril) et, après un vote de confiance si concluant, le même exerça sa mandature jusqu’au bout, soit jusqu’au 11 frimaire de l’an II (= 1 décembre 1793). Le lendemain, c’est un certain Claude-François Dumas qui lui succéderait dans la fonction.

Outre les réquisitions de grains et d’hommes, c’est sous sa mandature que l’on s’occupa aussi de rétribuer un maître d’école et d’établir un marché hebdomadaire et des foires.

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Le Dictionnaire des hommes et des femmes politiques de l’Ain (en ligne) donne Claude-François Dumas pour avoir été maire de Cras « nommé par Albitte le 22 germinal an II (11 avril 1794), remplacé la même année » et il est vrai que nous ne trouvons dans nos registres aucun procès-verbal d’installation après un vote.

Claude-François Dumas ou Dumars était né à Cras le 28 avril 1737 de Joseph D. et Claudine Perchoud. Son père était alors maître menuisier (dès les années 1720). Claude-François embrassa la même profession que lui et son acte de décès, en date du 10 février 1819 (lui étant décédé le 8) indique qu’il décéda (à l’âge de 82 ans) « maitre menuisier audit Puthot », hameau de Cras où il devait résider (et avait dû résider toute sa vie).

L’un des temps fort de sa mandature fut, outre les réquisitions, l’exécution des décrets d’Albitte, des 7 et 8 pluviôse an II (26 et 27 janvier 1794), relatifs à la destruction de ces « vestiges de la féodalité » que sont les châteaux et les clochers. De fait, les château de Lange et clocher de Cras furent démolis au cours des mois suivants.

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Après Claude-François Dumas, Gabriel Berger fut nommé le 19 brumaire an III (= 9 novembre 1794)[3]. Il serait à confirmer qu’il fût bien natif de Cras mais il est certain qu’il s’agit bien du même dont il est question à la date du 23 février 1786, « habitant des Adams », à celle du 27 août 1793, « laboureur aux Adam » et, à celle du 4 ventôse an XI (= 23 février 1803), « cultivateur au Pochon » (d’après l’État civil de Cras)[4]. Marié à une certaine Marianne (ou Marie Anne) Bouyard, il mourut cultivateur à Jalamonde le 13 mars 1820, à l’âge de 60 ans.

Sous sa mandature, entre autres choses, on s’occupa, à nouveau, des réquisitions de grains et de fourrages (notamment pour le service de l’armée des Alpes) mais aussi d’hommes. Du paiement des citoyens ayant travaillé à l’atelier du salpêtre. Durant l’hiver 1794, il fut difficile de se procurer du bois de feu, aussi fallut-il procéder à des recensements et à des visites de bois[5]. Il y eut également la vente des pierres provenant de la ci-devant église et de diverses croix. Enfin, on demandait vivement à ce qu’un instituteur fût installé dans la ci-devant cure (occupée par un cabaretier,  au grand dam de presque tous les citoyens de la dite commune).

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La constitution du 5 fructidor an III (22 août 1795) mit en place les municipalités cantonales.

« Dans chaque commune, l’administration est réduite au minimum. L’agent municipal et son adjoint sont les 2 seules personnes qui restent en liaison avec les autorités supérieures, le Canton et le Département. […] En théorie, il n’y a plus de délibération à ce niveau et les registres de la commune ne doivent plus être employés. Même l’état civil est transféré au chef-lieu de canton. En réalité quelques agents et adjoints municipaux continuent à utiliser les anciens registres et y inscrivent succinctement les actes de leur administration. » (Les notables du Trégor, Éveil de la culture politique et évolution dans les paroisses rurales (1770-1850), Christian Kermoal, Presses universitaires de Rennes, Chap. VII, p. 249-318).

Il en fut ainsi à Cras jusqu’au 22 floréal an VIII (= 12 mai 1800), où la fonction de maire fut rétablie. Dans l’intervalle, trois agents municipaux (ayant chacun un adjoint) allaient administrer la commune : Joseph Perrin, Denis Chanel et Joseph-Luc Ravinier (ou Ravignier)[6]. Le premier, cultivateur originaire des Matrais, fut nommé le 1 frimaire an IV (= 22 novembre 1795) mais ne fut agent qu’un bref espace de temps car il décéda le 30 nivôse an IV (20 janvier 1796), à l‘âge de 26 ans. Quant au troisième, nous savons qu’il était fermier, après son père (Philibert R. dit Broizel), de l’ancien domaine de Chassagne, qui avait appartenu avant la Révolution à la famille de Joly de Choin, barons de Lange. J.-L. Ravignier, cultivateur, était né à Étrez le 21 octobre 1752 (de Philibert Ravigni et Denise Mercier), marié à Jeanne-Marie Chossat  et il mourut à Bourg-en-Bresse, aux Graves, où il était domicilié, le 2 octobre 1827 (âgé de 75 ans).

Denis Chanel occupa la fonction par intermittences (succédant à la fois à Joseph Perrin et à Joseph-Luc Ravinier) jusqu’au 12 mai 1800, date à laquelle il fut nommé maire de Cras. Il deviendrait le sixième édile historique et, compte tenu de son parcours, assez atypique, et de son activité (et activisme) municipale, inlassable, il convenait de lui consacrer notre troisième partie.

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[1] Et peut-être plus que cela car lui ou son fils François (qui fut fermier du domaine de Lange après lui) « enleva des tas de briques, provenus de la démolition du château ; alléguant qu’une partie lui appartenoit comme l’ayant extraite, à moitié partage, de l’ordre de Mr Dubost, quand celui-ci faisoit reconstruire le moulin de la Béviere ; et l’autre pour l’avoir achetée, quand l’autorité locale fit vendre les démolitions. » (Archives départementales du Rhône, Fonds d’Auvray, 28 J 32).

[2] François Perrin (père) reviendra plus tard au poste de maire puisqu’il sera nommé en remplacement de J.-M.-S. Caillot et prêtera serment le 18 septembre 1814. On rectifiera par conséquent la notice du Dictionnaire des hommes et des femmes politiques de l’Ain où il y a eu confusion entre Joseph Perrin, agent municipal, et François Perrin, maire.

[3] Par arrêté du représentant du peuple Boisset du 10 brumaire an III et installé, lui et son conseil, par Claude-Joseph Rousset, agent national du district de Bourg.

[4] Les hameaux des Pochons et des Adams sont limitrophes, aussi n’est-il peut-être pas nécessaire de penser qu’il avait changé de domicile entre 1793 et 1803.

[5] La rigueur du froid était telle d’ailleurs au 8 nivôse an III (= 28 décembre 1794) qu’il fallut louer un poêle afin d’en doter le bureau municipal.

[6] Précisons tout de même qu’avant de devenir agent municipal, Denis Chanel avait été nommé agent national à la nomination du maire Gabriel Berger (le 19 brumaire an III, = 9 novembre 1794).

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