Le 14 juillet à Cras

La loi Raspail du 6 juillet 1880 a institué la fête nationale du 14 juillet. Elle approche à grands pas, elle et ses feux d’artifice, devenus incontournables. Mais cette fête du 14 juillet signifie-t-elle encore aujourd’hui autre chose qu’une pétarade nocturne, réjouissant petits et grands ?

À la Belle Époque, Cras-sur-Reyssouze, à l’instar d’autres communes, célébrait en grande pompe le 14 juillet toute la journée du dimanche (prochain) qui se voulait être par là un moment d’union républicaine[1].

On en lira ci-après le premier compte rendu en date, extrait du Courrier de l’Ain du 29 juillet 1892 :

Dans un autre article du même journal, toujours à propos de la célébration du 14 juillet à Cras, tout est dit sur le but que l’on assignait à de telles manifestations festives :

« De semblables réunions, tenues de temps à autre, sont nécessaires pour raviver dans les cœurs les sentiments patriotiques. Ces agapes fraternelles, dans lesquelles toutes les classes de la société se coudoient, ne sont-elles pas aussi l’image en raccourci, dans chaque localité, de ce que doit être la grande famille démocratique de notre France républicaine ? / Il faut reconnaître également que ces fêtes populaires exercent leur influence même sur l’esprit de ceux qui ne les voient que de loin. C’est donc un des bons moyens de faire pénétrer de plus en plus dans les cœurs l’amour du régime républicain. » (CA, 20 juillet 1893)

Que les militants institutionnels, à commencer par le maire, l’adjoint, les fonctionnaires publics (d’ici ou d’ailleurs), aient été partie prenante, banquetant d’allégresse et de connivence, rien que de très naturel. Aussi bien, lisons-nous, dans l’article du 20 juillet 1893 : « La mairie et la plupart des maisons du chef-lieu de la commune étaient pavoisées. » Mais quid des administrés vivant à la périphérie, dans des hameaux parfois distants du bourg ?

Chiffrer, mesurer l’adhésion nous est évidemment impossible mais il n’est pas téméraire de penser que de telles agapes civiques ne faisaient pas l’unanimité, ici pas plus qu’ailleurs. Le Journal de l’Ain, de l’autre bord idéologique, ne dit rien de toutes ces goguettes, comme attendu, se montrant toutefois autrement disert sur des célébrations d’un tout autre ordre. Celles concernant le saint de notre commune. Nous y reviendrons dans un prochain article mais sachons d’ores et déjà qu’un triddum solennel serait célébré à Cras en l’honneur du Bienheureux Pierre-Louis-Chanel, premier martyr de l’Océanie, les 25, 26 et 27 février 1890 (JA, 13 janvier 1890). Le 14 juillet de la même année, on annonçait que serait fêté le jeudi 17 l’anniversaire de la première messe du Bienheureux. L’année suivante, pas moins de cinq cents personnes étaient venues le prier au pied de son autel (JA, 22 juillet 1891).

C’est dire si pas un seul pouce de terrain ne serait cédé de part et d’autre. Ni par les partisans de la continuité, exhumant le souvenir de leur bon curé Trompier, restaurateur du culte après la Terreur et accoucheur du saint. Ni par ceux de la rupture, glorifiant un régime nouveau, républicain, « qui, seul, peut donner la plus grande somme de paix et de liberté. » (JA, 22 septembre 1892). Mais peut-être aussi que d’aucuns appartenaient aux deux camps, plus ou moins écartelés.

Le 14 juillet 1901, Cras fêta, en plus, le tricentenaire du rattachement de la Bresse à la France. Le colmatage était complet et l’ère des divisions, révolue. Du moins le croyait-on.

* * *


[1] D’après les registres de délibération de Cras, cette fête du 14 juillet paraît avoir été célébrée chez nous dès 1889 mais ce n’est que l’année suivante qu’elle fit l’objet, sur intervention préfectorale (circulaire du 26 juin 1890), d’une organisation pensée (telle que relatée dans nos articles de presse) à laquelle fut affecté un budget.

Publications similaires