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Hameaux de Cras

Jusqu’à ces toutes dernières années, à l’exception des habitants du bourg, les habitants de Cras vivaient dans des hameaux, appelés par le passé villages, identifiés à peu près par toute la communauté – à la différence de telle parcelle de terre ou de pré, appelée par tel nom de plus faible notoriété, connu des seuls usagers et donnant lieu actuellement, et non dans notre seul département, à d’importants travaux (inventaire et étude des microtoponymes).

À l’heure présente, les choses ne sont plus guère évidentes en ce sens que tel administré, qu’il soit néo-résident ou bien ancré à Cras depuis longtemps (voire des générations) habite, pour un exemple, à tel numéro Route d’Étrez, alors qu’il eût habité (ou habitait auparavant) à Chassagne, hameau de Cras. L’impact est certes moindre pour qui réside aujourd’hui Route des Puthods, le nom de l’ancien village ayant subsisté dans l’adresse postale actuelle.

En outre, la densification de l’habitat en de certaines zones a passablement effacé (voire aboli) la singularité de ces vieux territoires habités (sans parler des autres), ainsi des hameaux des Adams, des Pochons et des Laurents, que l’on a peine à distinguer de nos jours les uns des autres (voir la carte de l’État Major, 1820-1866).

Ce premier index, exclusivement afférent aux localités de Cras, trouvera son prolongement nécessaire dans l’étude que nous consacrons également aux microtoponymes, dont un volumineux répertoire sera donné très prochainement sur le site mais dont l’étude ne pourra pas être considérée comme étant achevée avant longtemps, les sources à dépouiller restant encore assez nombreuses. Nous enrichirons donc avec le temps ce second répertoire mais il n’est pas exclu que pas mal de choses soient encore à ajouter à celui-ci et que nous publierons en plusieurs livraisons.

Dans cette première partie, relative aux hameaux ou villages de Cras, l’on trouvera des indications d’ordre topographique / géomorphologique, des attestations datées des formes toponymiques (parmi les plus récurrentes) – y compris dans la langue héréditaire, le francoprovençal – ainsi que des remarques concernant l’origine et l’histoire (à étoffer) des lieux-dits. Nous nous efforcerons, autant que possible, d’illustrer le tout par des par des plans et photographies.

Est-il besoin de préciser, pour finir, que les choses ne sont pas restées figées au fil des siècles et que notre époque moderne n’a pas la prime de l’innovation en matière de toponymisation. Outre que les noms de nos hameaux ne recouvrent certainement pas la même chose à des époques diverses, des noms de localités ont disparu anciennement, supplantés par d’autres dénominations. Pour prendre un exemple clair et indiscutable, jusque dans la seconde moitié du XVIIème siècle, tout ou partie du hameau connu encore aujourd’hui sous le nom des Perrets était dénommé Peilachet (entre autres variantes). Des habitants, vers 1650, ont vécu la transition. D’autre part, tel tènement a pu recevoir une dénomination particulière à tel moment du temps et être englobé dans telle autre appellation plus notoire à un autre. Aussi avons-nous pris le parti de répertorier, et ce en dépit d’une inflation qui se constate dès la fin du XVIIIème siècle, tous les noms de lieux qualifiés dans nos sources de hameaux ou de villages, que cette qualification fût occasionnelle ou non, notoire ou non, sans aller toutefois bien au-delà des années 1950.

(Carte de Cassini, ca 1760)

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La tenue des assises à grands jours de la justice de la baronnie de Langes (expédiées au bourg de Cras sur la place publique), dont le procès-verbal est en date du 18 septembre 1786, constitue à ce jour la plus ancienne nomenclature des hameaux de notre commune. Les voici par ordre d’énumération :

– bourg de Cras

– Chassagne (lit. hameau de)

– Balvay

– Les Perrets

– Villeneuve (lit. Ville Neuve)

– Les Matrais

– Les Dugads (lit. Dugaz)

– Les Laurents

– Les Pochons

– Les Adams

– Les Puthods

Il n’est pas question ici du petit ni du grand Montatin tout simplement parce qu’ils relevaient de la justice des comtes de Montrevel[1]. Il en allait de même des quelques tènements à l’ouest de l’actuelle D 975, si tant est qu’ils eussent alors des noms spécifiques (ou fussent regroupés sous une appellation particulière).

Il n’en reste pas moins que tous nos justiciables ne voyaient certainement pas les choses ainsi et cette liste de 1786 est loin de rendre compte de tous les lieux-dits habités de Cras qui existaient alors – quand bien même l’on peut admettre aussi qu’une telle liste ne soit pas si inconséquente, en ce sens que les habitants (dénombrés dans notre procès-verbal) des quelques écarts ont été groupés dans les villages les plus importants et les plus notoires. Ce qui n’est d’ailleurs pas sans précédent[2]. Et l’on fera de même par la suite pour les recensements de population (avec quelques fluctuations).


[1] Avant la Révolution, la Reyssouze séparait, au territoire de Cras, deux juridictions. La rivière bornait celle des barons de Lange à l’ouest. Elle bornait à l’est la juridiction des comtes de Montrevel. Les habitants de Montatin, vivant « citra aquam Roissose a parte Montisrevelli » (au-delà de l’eau de la Reyssouze du côté de Montrevel) n’étaient donc pas justiciables des seigneurs de Lange.

[2] Ainsi du rôle des dîmes (1710-1711) où sont listés, à l’exception du bourg (et des Adams), les seuls hameaux de Balvay, des Perrets, de Chassagne, de Montatin, des Matrais, des Laurents, des Pochons et des Puthods. Les villages de Villeneuve et des Dugads devaient déjà être compris, le premier dans celui des Puthods, le second dans celui des Matrais.

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ADAMS (Les)

Le hameau des Adams est situé au nord du centre historique, de part et d’autre de l’actuelle route dite des Adams (ou « chemin vicinal ordinaire n°2 de Malafretaz à Cras » d’après le cadastre rénové de 1930 et « chemin du moulin Bayard au moulin de la Bévière » d’après l’ancien cadastre de 1809), tout au long de laquelle il n’a cessé de se densifier et de s’étendre jusqu’à ces toutes dernières années, au point de se confondre avec ceux des Pochons et des Laurents.

Attestations. – « au maix des Adam » (1615), « Jean Adam du village des Adam » (1636), « honneste Noel Adam du village des Adam » (1638), « du village des Adam parroisse de Cra (1690), « demeurant aux Adam » (1714), « journalier des Adam » (id.).

Francoprovençal.   éj Adè ([eʒ a’dɛ]).

Origine et historique. Nom de baptême à l’origine, Adam paraît être devenu patronyme (à part entière) dans la seconde moitié du XVIème siècle puis s’être fixé en tant que toponyme après 1600.

Une famille Adam Chagnard est ancrée à Cras depuis au moins la seconde moitié du XIVème siècle. En sont issus notamment un prêtre[1] et un notaire, lesquels vivaient (et exerçaient) en l’année 1565. Le second, un certain Pierre Chagnard dit Adam ou, tout simplement, Pierre Adam, est le premier d’une lignée de notaires qui tous furent châtelains et / ou curiaux de Langes (représentants du seigneur sur place, administrateurs de ses biens et officiers de justice).

Sans exclure le facteur numérique, c’est probablement surtout en raison du fait que les Adam (la branche des notables de ce nom) étaient influents (et le sont restés assez longtemps) au sein de la communauté d’habitants que leur nom fut transmis, à l’origine (et de leur vivant), à leur seul lieu de résidence (et d’exercice), tout proche du cœur historique. Aussi bien le recensement de 1891 fait-il encore état du statut particulier de ce hameau : « Les Adams sont un quartier du chef-lieu de la commune. » Un quartier plutôt actif vers la fin du XIXème siècle : s’y exerçaient alors des activités mercantiles (coquetier, épicière) mais surtout artisanales (forgerons, repasseuses, charpentiers, marchande de chiffons, perruquier, tisserands, sabotiers, tailleur d’habits, couturières, plumeur, entrepreneur, menuisier, charrons, hongreur, mécanicien, lingère). Et rappelons que, jusqu’au début du siècle dernier, l’office notarial de Cras était situé aux Adams.

Quelques données chiffrées enfin : les assises tenues à Cras le 18 septembre 1786 font état, pour les Adams, de 18 foyers (dont, entre autres familles, des Louvet, des Perchoux et des Adam) ; plus précis, le recensement de 1891 donne 39 maisons pour 52 ménages et 146 individus, contre 26 maisons pour 35 ménages et 76 individus en 1936.

Si, au cours des deux derniers siècles, la population put décliner, l’habitat ne cessa, quant à lui, de se densifier et l’ancien faubourg a fini par se confondre avec les hameaux des Pochons et des Laurents qui, eux aussi, ont fait la même chose.


[1] Un certain Thodelloz Adam. Il existait encore, au XVIIème siècle, une Terre Todele, située au territoire de Balvay (Archives départementales de l’Ain, 3E 31809).

(Carte de l’État Major, 1820-1866)

(Carte de l’IGN, après 2000)

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BALVAY

Le territoire de Balvay s’étend, sur l’axe nord-sud, le long des actuelles routes des Fourches et de Jalamonde (et borné par ces deux territoires). Limité à l’ouest par le Salençon (lequel départage d’ailleurs les localités de Balvay et des Perrets), ses confins sont beaucoup plus incertains à l’est (zone de bois et d’étangs).

Récemment, l’habitat a poussé vers le sud et s’est densifié à la croisée des chemins. Anciennement, à se référer du moins à l’ancien cadastre, le hameau de Balvay paraît avoir été  exclusivement situé à l’ouest du chemin qu’on appelait alors « chemin de Foissiat à Bourg ».

Le territoire, du point vue géomorphologique, est caractérisé par la présence de limons (plateau et zone boisées de l’est) et des Marnes de Bresse, à l’ouest de la zone d’habitat historique.

Att. – « carreriam tendentem de Bel Vyer apud Cra » (1438), « viam publicam tendentem de Belvey apud Cra » (1468), « carreriam tendentem de Balvey apud Cra » (1475), « en Balveys » (1476), « supra villam de Balvey » (id.), « yssutam dicti villagii de Balveys » (id.), « iter tendens de dicto loco de Balveys apud Baugiacum » (id.), « Balvey » (1478), « Barvey » (id.), « la charriere publicque tendant de Balveis a Cra » (1565), « le chemin public tendant de Balvey ou de Peilachat a Cra » (id.), « Jean Favier alias Guyenot de Balvey » (id.), « Jehan Garnier dict Volet de Balveys » (id.), « du vilage Balvay »  (1607), « Barvey » (1617), « Barvay » (1624), « Balvay » (id.), « village de Bervens parroysse dudit Cra » (id.), « village de Barvay » (1665), « village de Balvey » (id.), « village de Barvain » (1711), « Barvai » (1728).

Fpr. – a Barvâ ([a baR’vɑ]). Les formes Bervens et Barvain voire Barvoin sont très curieuses et paraissent ne se rencontrer que chez les seuls vicaire Bouchoux et curé Chuffin (à presque un siècle d’intervalle). Notons enfin que le vicaire Bron pouvait écrire, dans le premier quart du XVIIème siècle, aussi bien Balvay que Barvay, plus conforme à la prononciation (locale) d’alors.

Orig. / Hist. – C’est, au sens littéral, le beau voir (= fr. Beauvoir et belvédère).

Dans la première moitié du XVème siècle, Humbert (voire Claude, son père), seigneur de Bouvens, détenait quatre feux au dit territoire. D’après le Registre des fortifications de Bourg pour l’année 1478, ces quatre feux étaient tenus de fortifier à Bourg. Ils apparaissent nommément sous la rubrique « homines de Buysadan de Balvey » (= hommes de Bizadan de Balvay) (Archives municipales de Bourg, EE 7). Pour l’origine du nom Buysadan / Bizadan, toujours connu aujourd’hui et désignant un étang, nous renvoyons à l’ouvrage publié en 2024 par l’association Mémoire de Cras (Histoires d’eau, p. 84).

Sous les comtes et ducs de Savoie, une partie du territoire était donc de la mouvance des seigneurs de Bouvens, une autre partie l’étant des comtes de Montrevel (ADCO, B 588). C’est vers la fin du XVIème siècle que Pierre de Joly et ses successeurs, barons de Langes, vont acquérir une partie de cet ancien territoire. Un point se doit d’être éclairci à cet endroit.

En 1382, un homme taillable de Cras, Jean Cabuchet, confesse tenir d’un certain Otonin de *Balvay (Otonino de Bello Videre) trois coupées de terre situées à l’Épinet (ADCO, B 574). Existe-t-il un lien de parenté entre cet Otonin et les seigneurs de Bouvens (dont il a été parlé plus haut) et qui étaient possessionnés vers 1430 au lieu de Balvay ? Y a-t-il eu tout simplement confusion entre Balvay < *BELLO VIDERE et Beyviers, ancien fief de la mouvance des sires de Bâgé, aujourd’hui Bévy, sur la commune de Marsonnas (cf. Guichenon, Histoire, p. 73-75 et Philippon, Dictionnaire topographique, p. 42 ) ? En quel cas, notre reconnaissance de 1382 constituerait une fausse piste (et partant, étymologiserait faussement Beyviers par *BELLO VIDERE). Nous inclinons d’autant plus à le croire que, d’une part, il est bien fait mention d’un Othelin de Beyviers (vivant à cette même époque) dans les généalogies de Guichenon (la variante Othenin étant également donnée par l’historien bressan) et que, d’autre part, il est question, dans des reconnaissances reçues, la première, le 26 juillet 1438, de biens tenus « ab heredibus Anthonii de BelVier » (toujours situés au dit lieu de l’Épinet), la seconde, le 4 avril 1565, de terres « mouvantes du direct du seigneur de Beyvier » (ADCO, B 598). Dès lors, une confusion a dû se produire dans l’esprit des scribes, d’autant plus compréhensible que Belvey et Beyviers étaient phonétiquement proches. Encore une fois, la localisation des biens des dits seigneurs de Beyviers ou de Bévy au dit lieu de l’Épinet permet, selon nous, de lever le doute. Autrement dit, si Belvey / Balvay s’explique bien par *BELLO VIDERE, le « Bello Videre » de 1382 ne renverrait en rien à notre localité de Balvay.

Au XVIème siècle, vivaient au dit hameau des familles Garnier, « Chasne[1] alias Charbonier » et « Favier alias Guyenot ». Au XVIIème siècle, l’on y trouvait des familles Favier, Rigollet et Gonin. Le rôle des dîmes du 13 novembre 1710 liste 16 foyers[2] (des familles Bozon[3], Borjat, Dubois, Dugad, Favier, Forest, Gonin, Julion[4], Perret, Sibelle). Les assises de 1786 en dénombrent 23 et le recensement de 1891 persuade que les choses n’ont guère dû évoluer en un siècle puisqu’il fait état de 23 maisons pour 23 ménages et 92 habitants (contre 16 maisons, 17 ménages et 55 habitants en 1936).

[1] Auj. Chanel.

[2] Ou chefs de foyer.

[3] Pour Bozonnet ?

[4] = Louvet.

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BEL AIR

Belair ou Bel Air fait historiquement partie du hameau de Montatin et ne paraît jamais avoir désigné que le domaine du même nom. À l’heure actuelle, d’anciens bâtiments à pans de bois sont toujours en lieu et place.

Att. –  « la moitié d’un sien domaine situé en lad. parroisse de Craz territoire de Montatin appellée de Bel Air » (24 avril 1691)[5], « Belair » (1809), « Bel-Air » (1825)[6].

Fpr. – a Bal  / a Balâ ([a ba’lɑ]).

Orig. –  Ce toponyme, des plus répandus, et dont on a ici la preuve qu’il est bien antérieur XVIIIème siècle, est le lieu ou plutôt le domaine (agricole) qui a bel air, c’est-à-dire « fière allure », « belle apparence ». Cet ancien domaine doit sans doute aussi son nom au fait qu’il est situé sur un plateau surplombant la plaine alluviale de la Reyssouze, offrant une vue assez exceptionnelle sur la chaîne du Revermont et d’où est visible, par temps dégagé, le massif du Mont Blanc.

Hist. – Vers la fin du XVIIème siècle, le domaine dit de Bel Air appartenait à Joseph Adam, notaire et châtelain de Cras, ainsi qu’à son aïeul, le prêtre Jean-Baptiste Adam.

Une célèbre chanson bressane a immortalisé le lieu : « Veli-vous chava na shèchon, / De na felië pi d’on gachon ; / La felië ch’apale Marion, / Le reste u velazhou d’amon. / Le reste vé Shauné à Bala, / Jouzé Bouva la va chouvè va. » (Voulez-vous savoir une chanson, / D’une fille et d’un garçon ; / La fille s’appelle Marion, / Elle demeure au village d’en haut[7]. Elle demeure chez Chanel à Belair, / Joseph Bouvard va souvent la voir. » (P. Convert, Recueil de chansons en patois de la Bresse, Imprimerie Louis Chaduc, 1899, p. 52).

[5] Archives départementales de l’Ain, 3E 15471.

[6] Journal de l’Ain, mars 1825.

[7] Un village d’en haut existe à Étrez mais il ne peut s’agir du même.

(La ferme de Bel Air de nos jours)

(La ferme de Bel Air d’après l’ancien cadastre de 1809)

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BERLIER (le)

Un seul tènement et ce lieu-dit fait historiquement partie du hameau des Matrais.

Att. – « Berlier, écart, cne de Cras » (1911) (Dictionnaire topographique, E. Philipon) « Berlier, petite maison de la com. de Cras-sur-Reyssouze, à env. 1 k. du bourg » (1913) (Dictionnaire du département de l’Ain, Al. Pommerol), « u Berli » (ap. 2000).

Fpr. – u Bërli ([y bəR’li]).

Orig. – Employé surtout comme déterminatif sous l’ère savoyarde (voir notre index microtoponymique), pourrait renvoyer à l’anthroponyme Berlier ainsi qu’en témoigneraient les expressions « de masso aux Berliers » (1415), « ou Mas Bellier et a present s’appelle es Champs » (1565). Cependant, la proximité du lieu-dit les Bellieres (cad. de Malafretaz, 1809, sect. C, n° 471-479), sur la rive gauche de la Reyssouze, toponyme attesté anciennement (par ex. en les Bellieres, 1416), fréquent en toponymie française[8], ne rend pas invraisemblable une étymologisation à partir de BER(U)LA (« petite berle », « cresson sauvage »)[9] + suff. collectif –eri, ce d’autant moins que notre Berlier est un lieu riverain.

Hist. – Le Berlier jouxte la Reyssouze au sud. Un passage à gué existait autrefois à proximité et c’est en 1956, lors du curage de la rivière, que l’on construisit un pont (en dur).

[8] Voir l’article de Clovis Brunel intitulé La berle (sium angustifolium linnaei) dans les noms de lieu français, Bibliothèque de l’École des chartes, Année 1948, 107-2, pp. 193-204). Le toponyme réfère notamment à des cours d’eau dans le Cher, la Nièvre, la Lozère, la Drôme etc.

[9] Ou berle dressée (Berula erecta).

(Le Berlier d’après l’ancien cadastre de 1809)

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BOIS D’ARCHES (les)

Territoire situé à l’ouest de l’actuelle D 975.

Att. – « cultivateur au Bois d’Ase[10] hamaux de cette commune » (24 germinal An II) (= 13 avril 1794), au Bois d’Arche » (1809, sect. C, n° 513).

Fpr. – é Bö d-Ach ([e bø d-aʃ)].

Orig. – Attesté dans notre toponymie dès la fin XIVème siècle (voir notre index microtoponymique), la forme déterminative Arche (anciennement Erces) réfère à des « bois où l’on a mis le feu », un « endroit essarté au moyen du feu ; cendres d’essartage » (voir Microtoponymie du défrichement dans les Ardennes, M. Tamine, Nouvelle revue d’onomastique, Année 1997, p. 119-168)[11].

Hist. – Il est possible que cette zone d’habitat, s’étendant vers l’ouest, fût anciennement dénommée Confranchesse (de la paroisse de Cras, cf. Confranchesse).

[10] Lit. Boisdase (ou Bois dase).

[11] Voir aussi FEW, XXII, 145b, s. v. ardere.

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CAILLET

Lieu-dit au nord de la commune, en limite d’Étrez. Deux domaines appartenant au même propriétaire existaient encore en 1809 au lieu-dit Caillet, l’un situé sur Cras, l’autre sur Étrez. Le premier ayant disparu au cours du siècle, l’écart (habité) subsistant encore aujourd’hui ne concerne donc, strictement parlant, qu’Étrez (actuelle Impasse de Caillet).

Att. – « in villagio des Cailliat » (1468), « dêpuis l’issuë de chez Caillet » (1689), « une issue de mattin tendante de Craz au Caillet » (1689), « à Cailler » (1809).

Fpr. – a Kalyé ([a ka’ʎe]).

Orig. –  Provient du patronyme Caillat.

Hist. – Vers la fin du XIVème siècle, des familles Caillat (ou Caillet), de Cras et d’Étrez, exploitaient des terres à Chassagne, et notamment au territoire de la Vavre (voir notre index toponymique).

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CAVETS (les)

Nom de localité disparu. C’est l’ancien nom de tout ou partie du village des Matrais.

Att.  « Cavet alias Sybellaz du village des Cavet paroisse de Cras » (1565), « Cavet alias Perrin du village des Cavets paroisse de Cras » (id.).

Hist. – Du patronyme Cavet, attesté à Cras dans le dernier quart du XIVème siècle. On relève, au cours des deux siècles suivants, des familles Cavet alias Perrin, Matrais alias Cavet et Cavet alias Sibellas (ADCO, B 579 et B 586). Le toponyme a dû sortir de l’usage aux alentours de l’an 1600, Matrais ayant fini par s’imposer et ne désigner plus que la localité du même nom[12].

[12] « Benoit Andry dict Matrey de Cra » (sépult., 12 juin 1631, Archives paroissiales de Marboz).

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CHASSAGNE

Le hameau de Chassagne confine par le nord au territoire d’Étrez (au lieu-dit Caillet). Ces dernières années, l’habitat, d’assez dispersé qu’il était, s’est considérablement densifié, notamment le long de l’actuelle Route d’Étrez, (appelée sur le Cadastre napoléonien de 1809 « Chemin de Craz à Etrez »).

Du point de vue géomorphologique, le territoire de Chassagne est le pendant, selon l’axe nord-sud, de celui des Perrets.

Att. – « Chassaigni » (1341)[1], « Chassagni » (1382), « Chassagnia » (id.), « Chassagny » (1396), « apud Chassagnia » (1415), « in villa de Chassagny » (1438), « in villagio de Chassagny » (1468) « apud Cassagny » (id.), « Chassaigne » (1565), « du village Chausagne » (1607), « village de Sachegne » (1607), « vilage de Chasagne » (1607), « Chasagne » (1608), « Chassagnie » (1617), « Chassagne » (1650), « Chassaigne » (1714), « Chaussagne » (1714).

Fpr. a Shôchany ([a θo’ʃaɲ]). La forme de 1607 enregistre un changement phonétique majeur dans le francoprovençal des lieux : la vélarisation de A devant S d’entrave (ce dont témoigne le patois actuel).

Hist. – Provient de *CASSANEA, lieu planté de chênes.

Au XVIème siècle, y vivaient des familles Merlin, Rigollet, Joly et Jolyon.

Le rôle des dîmes de 1711 liste 26 foyers (divers patronymes attestés mais les Merlin et Rigollet sont encore les plus fréquents). Les assises de 1786 dénombrent 37 feux[2] et le recensement de 1891 fait état de 34 foyers, 36 maisons et 165 personnes (contre 23, 26 et 88 en 1936).

[1] Archives de la Côte d’Or, B 7343.

[2] Dont un feu vacant.

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CONFRANCHESSE

Cette localité de Cras, située à l’ouest de la D 975 et composée aujourd’hui de deux seules propriétés, confine au Confranchesse de Saint-Martin-le-Châtel par l’actuelle Route des Bruyères.

Att. – « Confranchesse parroisse dudit Craz » (1664), « Confranchesses parroisse de Craz » (1665), « Confrancesse ameaux de Cras » (1690)[3], « Confranchese de la parroisse de Cras » (1714).

Fpr. Koñfrèchéch ([kɔ̃fRɛ’ʃeʃ]), Koñfrèshéch ([kɔ̃fRɛ’θeʃ]).

Orig. – < *CORTE FRANCISCA, soit la cour, d’où la ferme, le domaine rural de Francisca (= fr. mod. Françoise).

Hist. – Au XVIIème siècle, on trouve au dit hameau des familles Clerc, Ponthus et Du Bas.

[3] Le hameau du même nom, appartenant à la commune de Saint-Martin-le-Châtel (et ne formant qu’un avec le nôtre), est attesté dès 1287, sous sa forme francoprovençale Confrancheschi (E. Philippon, Dict. top., p. 127).

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CRAS

Att. – « Cra » (1274), « Craz » (id.), « in villa de Cra » (1396), « in villagio de Cra » (1422)[4].

Fpr. – Krô ([kRo])[5].

Orig. – Ce type lexical est abondamment attesté en microtoponymie, dans le département de la Côte d’Or notamment, où il désigne généralement des endroits pierreux, caillouteux. Son aire de diffusion, à l’est, au nord-est de la France, ainsi que son attestation en celtique insulaire – avec une parenté sémantique évidente –, affirment son appartenance à la strate pré-latine.

Le village de Cras, situé dans la plaine de la Reyssouze, doit son nom aux dépôts alluvionnaires fluviatiles, mêlant notamment des graviers et des galets et le sens du toponyme nous paraît pleinement assurée en raison de la présence, proche le bourg historique, du type crais / crêts dans les Crais (cf. carte dite de Cassini) et les Crêts des Puthods (cf. Allée des Crêts des Puthods)[6] – en quoi nous voyons une simple variante phonétique. Au témoignage des anciens, les terres ainsi désignées avaient (et ont) la caractéristique d’être graveleuses et caillouteuses et il n’est que de se rendre aujourd’hui sur les lieux après un labour pour s’en rendre compte.

(Carte de Cassini)

Hist. – Dans les anciens terriers de reconnaissances, il est fait mention de la paroisse de Cras et du village de Cras. Il nous faut entendre par village (ou villa) ce que nous appelons aujourd’hui le bourg. Toutefois, durant la domination savoyarde, le village de Cras devait comprendre des hameaux divers tels que Les Adams, Les Laurents, Les Pochons et peut-être bien aussi Les Puthods. On trouve, au XVIème siècle, des familles qui sont dites être du village de Cras et qui sont nommées « Pochon », « Lovet »[7], « Laurent dit Pochon », « Belpey », « Puthod », « Arondel alias Benonier » (ou « Benonier alias Arondel »)[8], « Coillet ».

Aux assises de 1786, 14 foyers sont dénombrés. Un siècle après, c’est plus du double, soit 29 ménages pour 91 habitants (1891). Le nombre de foyers va croître encore jusqu’en 1911, avec 46 ménages (pour 131 habitants). En revanche, en cette même vingtaine d’années, la population totale de la commune de Cras est passée de 1155 (1891) à 996 habitants (1911). La population avait crû au bourg mais il est vrai aussi que le bâti s’y était densifié.

Jusque dans les années 1950, on comptait encore au bourg divers commerces et quelques activités artisanales. Un marché hebdomadaire, créé vers la fin du siècle précédent, s’y était tenu – dont le temps fort avait surtout été avant la première guerre mondiale, marché (aux volailles notamment) qui n’avait pas peu contribué à dynamiser le village. Nous renvoyons ici à l’ouvrage qu’a fait paraître en 2020 l’association Mémoire de Cras, dans lequel le lecteur trouvera davantage d’informations sur les anciens commerces et autres activités qui s’exerçaient au bourg par le passé[9].

[4] La forme toponymique Cra, référant à l’ancienne paroisse bressane, est attestée pour la première fois dans un pouillé du diocèse de Lyon, vers 1250. La forme Crasso, latinisée, est parfaitement isolée (voir Dictionnaire topographique du département de l’Ain, E. Philipon, Paris, 1911, p. 139). C’est l’ancienne forme monosyllabique qui fut toujours usitée (officiellement) – étoffée d’un s, plus rarement d’un z (purement graphiques), le premier s’étant imposé avec le temps – jusqu’en 1867, année où la commune fut rebaptisée Cras-sur-Reyssouze, afin d’éviter toute confusion avec celle de Craz dans la Michaille (devenue depuis Craz-en-Michaille).

[5] La forme patoise actuelle témoigne d’une évolution phonétique majeure en francoprovençal bressan (vélarisation de A protoroman). Il n’en demeure pas moins que l’on peut considérer comme étant francoprovençales les formes attestées dans la documentation ancienne.

[6] Fpr. mod. é Krè dé Ptö ([e kRɛ de ptø]). Voir infra ainsi que notre index général pour d’autres attestations à déterminatifs détoponymiques.

[7] Auj. Louvet.

[8] Auj. Benonnier.

[9] Intitulé Artisanat, commerces & métiers au village.

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CRETS (les)

Le village ainsi appelé (un bref espace de temps) pouvait désigner la zone d’habitat située la plus à l’est du hameau des Puthods.

Att. – « au vilage des Cré » (1793), « demeurant aux Crez commune de Cras » (an V), « aux hamaux des Cret » (1819).

Fpr. – é Kré ([e KRe]).

Orig. – Type lexical souvent attesté dans la microtoponymie ancienne et ce dès 1380 sous la forme Cres dans en les Cres. Parmi d’autres attestations, on relèvera les suivantes, à déterminatifs détoponymiques : en les Cres de l’Espiney (1396), en Cres d’Actignie (1476), es Cres de Cra (1565), aux Crès des Pochons (1809). Le terme s’appliquait à des lieux divers mais tous situés dans la plaine alluviale et désignant des terres graveleuses, parsermées de galets (voir supra ainsi que notre index général pour de plus amples détails).

(Carte Cassini, ca 1750)

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DUGADS (les)[11]

Ce hameau a sans doute toujours eu du mal à être bien distingué de celui des Laurents, avec lequel il était naturel qu’on le confonde car ne constituant, du moins d’après l’ancien cadastre, qu’un écart proche.

Att. – « aux Dugad ditte commune de Cras » (an V), « aux Dugads » (1809).

Fpr. – Dügô ([dy’go]).

Orig. – Provient du patronyme Dugad, qui remonte lui-même au groupe déterminatif du gué (fr. prov. [dy go]). À proximité, une terre est encore connue sous le nom de la Tëpa Dugô ou, plus exactement, la Tëpa du Gô (lit. la Teppe du Gué), où l’on passait effecivement autrefois la rivière de Reyssouze à gué.

Hist. – En 1645, un Benoît Dugad était notaire royal et curial de Cras.

Le patronyme s’est maintenu jusqu’à nos jours.

[11] Ce lieu-dit n’existe plus que dans les souvenirs des plus anciens.

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ÉPINET (l’)

Lieu-dit qui, à l’extrémité sud de la commune (en limite de celle d’Attignat), se confond depuis longtemps avec le corps de ferme du même nom toujours existant, et dont l’architecture à pans de bois est encore bien conservée.

Il est possible (voire probable) que ce lieu-dit comprît plus anciennement la zone d’habitat la plus au sud de l’actuel village des Puthods.

Att. – « l’Espiney » (1288-1289), « en l’Espinay » (1415), « in territorio de l’Epiney » (1422), « in villagio de l’Espiney », « versus grangiam de l’Espiney domini Anthonii de Monteferrando » (1476), « l’Espinay »[12] (1673).

Fpr. – a l-Épëna ([a l epə’na]).

Orig. – Dérivé de SPINA augmenté du suffixe protoroman -ETA (à signifié collectif). C’est, à l’origine, le lieu planté d’épines.

Hist. – L’Épinet fut par le passé le siège d’un fief noble. L’histoire en est passablement compliquée du fait que ce fief (ou domaine) changea souvent de mains.

Vers la fin du XIVème siècle, le seigneur de Langes et celui de Montrevel avaient des biens au lieu-dit l’Épinet. Quant à la grange ou « maison de Lespiney », qui fait l’objet d’un article dans la somme de l’historiographe Guichenon (cf. Histoire de Bresse et de Bugey, 2ème partie, p. 63), après avoir appartenu à la famille Cheyna puis aux de Montferrand, seigneurs d’Attignat, aux de Bosco (ou Dubois) – dont Guillaume Dubois, secrétaire des ducs de Savoie Amédée VIII et Louis de Savoie –, aux d’Estrés (seigneurs d’Épey et de Baneins, Histoire de Bresse, 3ème partie, pp. 159-160) et aux de Rissé (seigneurs de Cornaton et de la Moutonnière, Histoire de Bresse, 3ème partie, pp. 331-332), le fief / domaine deviendra vers 1700 la propriété de la famille de Joly de Choin, seigneurs barons de Langes, jusqu’à la Révolution. Le domaine sera administré par amodiation à divers particuliers à l’instar des autres biens de la baronnie.

[12] Lit. Lespinay.

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FOURCHES (les)

Le toponyme s’applique à la zone d’habitat situé le long d’une portion de l’actuelle Route des Fourches, de part et d’autre de l’axe (est-ouest) constitué par la Route du Gaz et le Chemin des Papillons, lequel fait le départ entre les communes de Cras et d’Étrez.

Att. – « demeurant aux Fourches commune de Cras » (An IX).

Frp. a l-Furshe ([a l ‘fuRθe]).

Orig. / hist. – A. Sirand écrit : « On voit encore à Cras, au lieu dit les Fourches, des vestiges patibulaires ; là jadis se dressait le gibet du seigneur local. Ainsi, l’importance que l’on doit attacher aux noms de lieux conservés, sert à retrouver les traces de l’histoire. » (Une nouvelle excursion archéologique dans le département de l’Ain, Journal d’agriculture, lettres et arts du département de l’Ain, 1858, p. 371).

La seigneurie de Langes, dont le château était situé à deux pas, fut érigée en baronnie en 1583. Pierre de Joly et ses successeurs détenaient effectivement la haute justice sur les paroisses de Cras et d’Étrez[13]. Mais des « vestiges patibulaires » pouvaient-ils encore subsister vers 1848 ? Plus d’un demi-siècle après la démolition du château ? Ces quelques lignes d’Alexandre Sirand sont certes les seules à en faire état mais nous ne pouvons pour lors que souscrire à une telle explication.

Le recensement de 1906 fait état de 3 foyers, 3 maisons et 8 personnes (même chose en 1936). Quelques maisons, ainsi que l’atteste l’ancien cadastre de 1809, ont aujourd’hui disparu qui étaient situées un peu plus au sud (au niveau du second virage à 90°, venant de Balvay, ou du premier virage à 90°, venant des Fourches) et qui devaient faire partie de notre hameau.

[13] « de pouvoir aussy fere eriger forches patibulaires pour l’execution de la justice en ladicte baronnie a troys pilliers au lieu accoustumé ou allieurs que bon luy semblera, et fere dresser potences, pilloritz et aultres signes et marque de justice et y fere mectre giroettes et armoyries a son plaisir» (Lettres d’inféodation de la terre et seigneurie de Langes en baronnie, pour Pierre de Joly, seigneur de Langes, du 14 mai 1583 (Archives départementales de Haute Savoie, 2B 211).

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LANGE

Lange fait historiquement partie du hameau de Chassagne. Siège d’un ancien château (démoli à la Révolution) et d’une seigneurie baronnie dont il reste une annexe (au sud) ainsi que le bâti de l’ancien domaine (à l’ouest du château), connu il n’y pas si longtemps encore sous le nom de Ferme de Lange, laquelle était la plus importante de la commune.

Att. – « Langiis » (1367), « Langel » (1396), « Langes » (id.), « L’Ange » (28 février 1683), « demeurant a Langes » (1713)[14].

Fpr. – a Lzhe ([a ‘lɔ̃:δe]). On distingue lu Byô Lzhe (soit le domaine de Lange, dénommé par le passé domaine des basses-cours du château) du Petë Lzhe (ancienne exploitation agricole en bordure du bief de Salençon et qui était autrefois une dépendance du château).

Orig. – Outre le Lange(s) bressan de Saint-Sulpice (attesté sous la forme Langiis dès 1439), celui, bugiste, de Torcieu (sous la forme Langiis, dès 1213), notre toponyme n’est pas rare en dehors de notre département. Sous d’immenses réserves, il pourrait remonter au gentilice *Langius, dégentilice à « suffixation zéro » et, généralement régi à l’ablatif par la préposition de, désignerait le (fundus) de Langiis, soit la propriété collective des *Langius.

Hist. – À notre connaissance, le Lange(s) de Cras n’est pas documenté avant le XIVème siècle. Les Pelossard (Pelloczardi dans les archives en latin) en sont les premiers seigneurs connus. Avec la reprise du fief, dans la seconde moitié du XVIème siècle, par un certain Pierre de Joly de Choin, c’est une nouvelle ère de l’histoire de Lange(s) qui commence et qui prendra fin à la Révolution. Une étude importante ayant été consacrée à cette ancienne seigneurie érigée en baronnie, nous y renvoyons le lecteur.

[14] La forme (française) sera généralement pourvue d’un s jusqu’aux alentours de la Révolution.

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LAURENTS (les)

Hameau un plus au nord que ceux des Adams et des Pochons. L’habitat, situé de part et d’autre de l’actuelle Route des Signolles, s’y est considérablement densifié depuis ces toutes dernières années.

Att. – « Thodelo Lovet de Lorent parroisse de Craz » (1607), « vilage des Laurent » (1607), « village de Lorent » (1608), « village des Lorentz » (1608), « village des Laurans » (1638), « au village des Laurent » (1681).

Fpr. é Lurhè ([e lu’řɛ]).

Orig. – Povient du patronyme Laurent.

Hist. – Au XVIème siècle, le patronyme Laurent est couramment attesté à Cras, dont des Laurent dit Pochon. Au XVIIème siècle, vivaient au dit village des familles Laurent et Louvet.

En 1602, un certain Guy Laurent, fils d’honnête Jean Laurent, laboureur de Cras, était recteur d’école à Pont-de-Veyle.

Aux assises de 1786, 12 foyers sont dénombrés, dont des familles Laurent (à l’écrasante majorité), Ponthus et Pochon.

Le recensement de 1906 fait état de 7 foyers, 9 maisons et 29 personnes (contre 6, 6 et 14 en 1936).

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MATRAIS (les)

Le hameau des Matrais est situé au nord-ouest du bourg, de part et d’autre de l’actuelle route dite des Matrais (ou « chemin vicinal ordinaire n°2 de Malafretaz à Cras » d’après le cadastre rénové de 1930 et « chemin du moulin Bayard au moulin de la Bévière » d’après l’ancien cadastre de 1809), dans la plaine alluviale de la Reyssouze. Son territoire est enserré par la Reyssouze dans sa partie ouest et confine vers le nord à la commune de Malafretaz par les localités de Guelin et la Bévière (ancien moulin). On peut considérer aussi que le Salençon le borne (en partie) à l’est.

Au sens large, ce hameau comprend l’ancienne localité des Ponthus ainsi que l’écart appelé Berlier.

Att. – « Pierre Sybella de Mautray parroisse de Craz » (1607), « village de Maustray » (1608), « au territoire des Matreys » (1615), « village des Matre » (1622), « village des Mattrés » (1665), « demeurant au Matraz » (1685), « village des Matray » (1711), « laboureur des Matra » (1713).

Fpr. – é Môtra ([e mo’tRa]). La forme de 1607 enregistre un changement phonétique majeur dans le francoprovençal des lieux : la vélarisation de A devant S d’entrave (ce dont témoigne le patois actuel).

Orig. – Provient du patronyme Maltrait / Matrait, attesté dès le premier quart du XVème siècle.

Hist. – Y vivait au XVIIème siècle des familles Sibellas et Ponthus.

Le rôle des dîmes de 1710 liste 36 foyers (principalement des familles Ponthus, Razurel, Perrin et Sibellas).

Les assises de 1786 dénombrent 37 feux et le recensement de 1891 fait état de 29 foyers, 29 maisons et 124 personnes (contre 25, 27 et 77 en 1936).

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MONTATIN (le Petit et le Grand)

En venant de Cras, le territoire de Montatin commence une fois passée la Reyssouze, dès les premières pentes, de part et d’autre de l’actuelle Route Prosper Convert. Il est borné au sud par le territoire des Baudières (cne d’Attignat), jouxte au nord la commune de Malafretaz et est confiné à l’est par l’actuelle D 975.

On distingue le Petit Montatin du Grand Montatin, probablement depuis la fin du XVIIIème siècle.

Att. – « Montatin » (1274), « Monttatin » (1297-1298), « Montatini » (1382), « a Montatain » (1606), « village de Montatin » (1607), « demeurant a Montatain » (1718), « laboureur au grand Montatin » (1792)[15].

Fpr. – Moñtatiñ ([Mɔ̃tatɛ̃]).

Orig. – Si le déterminé de cet oronyme ne fait pas difficulté (< MONTE : « mont », « lieu élévé » et il surplombe, de fait, la plaine de la Reyssouze), le second élément (ou déterminatif) nous  paraît devoir être mis en relation avec le nom de la commune d’Attignat(Atignia en 1275), dont notre Montatin est limitrophe, qui pourrait remonter au gentilice latin *ATTINIUS.

Hist. – Avant la Révolution, la Reyssouze départageait deux juridictions : à l’est de la rivière, celle des barons de Lange et, à l’ouest, celle des comtes de Montrevel. Les habitants de Montatin, vivant « citra aquam Roissose a parte Montisrevelli » (au-delà de l’eau de la Reyssouze du côté de Montrevel) étaient donc justiciables des comtes de Montrevel.

Pour le premier quart du XVème siècle, voici quelques noms de tenanciers : Rubin, Girard, Guichardan et Rolet.

Le rôle des dîmes du 13 novembre 1710 liste 12 foyers (entre autres, des familles Razurel, Rivet et Girard). Le recensement de 1891 fait état de 30 maisons pour 32 ménages et 136 habitants (contre 31 maisons, 36 ménages et 121 habitants en 1936).

[15] ADA, 3E 31912 (not. Ryon, 1er semestre 1792).

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