Hameaux de Cras

Jusqu’à ces toutes dernières années, à l’exception des habitants du bourg, les habitants de Cras vivaient dans des hameaux, appelés par le passé villages, identifiés à peu près par toute la communauté – à la différence de telle parcelle de terre ou de pré, appelée par tel nom de plus faible notoriété, connu des seuls usagers et donnant lieu actuellement, et non dans notre seul département, à d’importants travaux (inventaire et étude des microtoponymes).

À l’heure présente, les choses ne sont plus guère évidentes en ce sens que tel administré, qu’il soit néo-résident ou bien ancré à Cras depuis longtemps (voire des générations) habite, pour un exemple, à tel numéro Route d’Étrez, alors qu’il eût habité (ou habitait auparavant) à Chassagne, hameau de Cras. L’impact est certes moindre pour qui réside aujourd’hui Route des Puthods, le nom de l’ancien village ayant subsisté dans l’adresse postale actuelle.

En outre, la densification de l’habitat en de certaines zones a passablement effacé (voire aboli) la singularité de ces vieux territoires habités (sans parler des autres), ainsi des hameaux des Adams, des Pochons et des Laurents, que l’on a peine à distinguer de nos jours les uns des autres (voir la carte de l’État Major, 1820-1866).

Ce premier index, exclusivement afférent aux localités de Cras, trouvera son prolongement nécessaire dans l’étude que nous consacrons également aux microtoponymes, dont un volumineux répertoire sera donné très prochainement sur le site mais dont l’étude ne pourra pas être considérée comme étant achevée avant longtemps, les sources à dépouiller restant encore assez nombreuses. Nous enrichirons donc avec le temps ce second répertoire mais il n’est pas exclu que pas mal de choses soient encore à ajouter à celui-ci et que nous publierons en plusieurs livraisons.

Dans cette première partie, relative aux hameaux ou villages de Cras, l’on trouvera des indications d’ordre topographique / géomorphologique, des attestations datées des formes toponymiques (parmi les plus récurrentes) – y compris dans la langue héréditaire, le francoprovençal – ainsi que des remarques concernant l’origine et l’histoire (à étoffer) des lieux-dits. Nous nous efforcerons, autant que possible, d’illustrer le tout par des par des plans et photographies.

Est-il besoin de préciser, pour finir, que les choses ne sont pas restées figées au fil des siècles et que notre époque moderne n’a pas la prime de l’innovation en matière de toponymisation. Outre que les noms de nos hameaux ne recouvrent certainement pas la même chose à des époques diverses, des noms de localités ont disparu anciennement, supplantés par d’autres dénominations. Pour prendre un exemple clair et indiscutable, jusque dans la seconde moitié du XVIIème siècle, tout ou partie du hameau connu encore aujourd’hui sous le nom des Perrets était dénommé Peilachet (entre autres variantes). Des habitants, vers 1650, ont vécu la transition. D’autre part, tel tènement a pu recevoir une dénomination particulière à tel moment du temps et être englobé dans telle autre appellation plus notoire à un autre. Aussi avons-nous pris le parti de répertorier, et ce en dépit d’une inflation qui se constate dès la fin du XVIIIème siècle, tous les noms de lieux qualifiés dans nos sources de hameaux ou de villages, que cette qualification fût occasionnelle ou non, notoire ou non, sans aller toutefois bien au-delà des années 1950.

(Carte de Cassini, ca 1760)

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ADAMS (Les)

Le hameau des Adams est situé au nord du centre historique, de part et d’autre de l’actuelle route dite des Adams (ou « chemin vicinal ordinaire n°2 de Malafretaz à Cras » d’après le cadastre rénové de 1930 et « chemin du moulin Bayard au moulin de la Bévière » d’après l’ancien cadastre de 1809), tout au long de laquelle il n’a cessé de se densifier et de s’étendre jusqu’à ces toutes dernières années, au point de se confondre avec ceux des Pochons et des Laurents.

Attestations. – « au maix des Adam » (1615), « Jean Adam du village des Adam » (1636), « honneste Noel Adam du village des Adam » (1638), « du village des Adam parroisse de Cra (1690), « demeurant aux Adam » (1714), « journalier des Adam » (id.).

Francoprovençal.   éj Adè ([eʒ a’dɛ]).

Origine et historique. Nom de baptême à l’origine, Adam paraît être devenu patronyme (à part entière) dans la seconde moitié du XVIème siècle puis s’être fixé en tant que toponyme après 1600.

Une famille Adam Chagnard est ancrée à Cras depuis au moins la seconde moitié du XIVème siècle. En sont issus notamment un prêtre[1] et un notaire, lesquels vivaient (et exerçaient) en l’année 1565. Le second, un certain Pierre Chagnard dit Adam ou, tout simplement, Pierre Adam, est le premier d’une lignée de notaires qui tous furent châtelains et / ou curiaux de Langes (représentants du seigneur sur place, administrateurs de ses biens et officiers de justice).

Sans exclure le facteur numérique, c’est probablement surtout en raison du fait que les Adam (la branche des notables de ce nom) étaient influents (et le sont restés assez longtemps) au sein de la communauté d’habitants que leur nom fut transmis, à l’origine (et de leur vivant), à leur seul lieu de résidence (et d’exercice), tout proche du cœur historique. Aussi bien le recensement de 1891 fait-il encore état du statut particulier de ce hameau : « Les Adams sont un quartier du chef-lieu de la commune. » Un quartier plutôt actif vers la fin du XIXème siècle : s’y exerçaient alors des activités mercantiles (coquetier, épicière) mais surtout artisanales (forgerons, repasseuses, charpentiers, marchande de chiffons, perruquier, tisserands, sabotiers, tailleur d’habits, couturières, plumeur, entrepreneur, menuisier, charrons, hongreur, mécanicien, lingère). Et rappelons que, jusqu’au début du siècle dernier, l’office notarial de Cras était situé aux Adams.

Quelques données chiffrées enfin : les assises tenues à Cras le 18 septembre 1786 font état, pour les Adams, de 18 foyers (dont, entre autres familles, des Louvet, des Perchoux et des Adam) ; plus précis, le recensement de 1891 donne 39 maisons pour 52 ménages et 146 individus, contre 26 maisons pour 35 ménages et 76 individus en 1936.

Si, au cours des deux derniers siècles, la population put décliner, l’habitat ne cessa, quant à lui, de se densifier et l’ancien faubourg a fini par se confondre avec les hameaux des Pochons et des Laurents qui, eux aussi, ont fait la même chose.


[1] Un certain Thodelloz Adam. Il existait encore, au XVIIème siècle, une Terre Todele, située au territoire de Balvay (Archives départementales de l’Ain, 3E 31809).

(Carte de l’État Major, 1820-1866)

(Carte de l’IGN, après 2000)

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