Inondations

Voici le témoignage d’un ancien du village sur un débordement d’eaux s’étant produit dans les années trente :

« Ça inondait oui, puisqu’en 39, moi, j’étais… j’étais bin né mais… je m’en rappelle pas : j’avais deux ans. Ils avaient décalé le bal. Ils pêchaient les carpes autour du monument aux morts pis dans les rues vers chez Christian, là, à la trouble, sur la place, oui, à Cras, oui, oui, oui… bin… Ça inondait. Comme chez mon père, y avait de l’eau dans la maison, aux Puthods, là. Oui, oui, on se levait le matin, on avait… on avait de l’eau jusqu’aux chevilles¹. Une fois, y avait… je sais pas si c’est en 39, je peux pas te dire si c’est… – parce que mon père est venu à Cras en 34 – si… si c’est… Tu sais, dans le temps, y avait les… les cuisinières, pi y avait la bouillotte, tu sais, pour faire chauffer l’eau, sur le côté, pi y avait le robinet. Y en a eu une fois jusqu’au robinet, ça faisait 50 centimètres par là, de haut dans la maison… pi… Autrement, quand ça montait… on mettait les lits sur des fagots de bois, on n’avait pas de moellons… on n’avait pas de parpaings (ils appellent ça des parpaings)… et pi tu allais chercher l’eau au puits… On aurait mieux fait de prendre l’eau dans la maison avec un seau pis la boire parce que dans le puits ça manquait des briques… c’était la même eau dehors que… Oui pis… tu vois… devant les portes pis… y avait des… des machins d’aération, comme chez mon père, là-bas, y avait un plancher en… en planches… à la chambre, et pis y avait des ventilations, ça fait que tu bennais du fumier, tu bourrais du fumier pour pas que l’eau… mais l’eau arrivait bin à passer… ça fait que ça faisait encore de l’eau plus trouble…
Ah bin une fois, y avait plu, j’étais tout gamin, moi, je devais avoir 14 ans, par là, j’enmenais mon grand-père des Puthods jusque chez ton grand-père, là-bas, où c’est qu’il habitait, tu sais, à côté de ton… la chèv… les chè… les chèvres pis le bouc pis… le grand-père dans le tombereau, moi j’avais de l’eau presque jusqu’au ventre… à une heure du matin.
Mais mon vieux, après, on… quand l’eau se retirait, dans le pré, chez mon père, là-bas, c’était… ça faisait… une ancienne gravière, et bin mon vieux des brochets, des carpes, des… poissons-chats : l’eau se retirait, ça restait là-bas. Quand c’était le moment des grenouilles, on en prenait des sacs, de grenouilles… à la pile.
Pis à la pêche, on braconnait à la rivière… Mais les saisons se faisaient, tu comprends. On allait pêcher les brochets au collet… Tu as jamais vu pêcher les brochets au collet ? On avait des… des… des branches de noisetier, tu sais, et pis on mettait des… on mettait des machins de dynamo de vélos, tu sais, qu’on démontait la bobine, là, [on] faisait un nœud coulant et… le brochet, au mois de février, les saisons se faisaient, tu vois bin… et bin tu passais comme ça, il était entre deux eaux le brochet, tu passais dedans et crac ! tu tirais… Pis après… tu étais couraté par les… par les flics, parce qu’ils te soignaient les flics…
Autrement, on allait braconner à la Reyssouze : on prenait pas les petits poissons, on prenait les gros… Pis on se faisait des farces les uns les autres : à des fois, tu savais qu’y en a un qui allait pêcher, bin tu allais faire du bruit². » (DVR 432a)


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