Création d’un marché à Cras

Le 27 octobre 1793 (an 2), le conseil et tous les citoyens de la commune sont assemblés afin d’établir un marché et des foires, de fixer le gage des domestiques et le salaire des ouvriers.
Il est arrêté que le marché se tiendra tous les lundis au bourg de Cras. Il commencera dès lundi 4 novembre 1793.
Quant aux foires, il y en aura six dans l’année, qui se tiendront les 12 janvier, 4 mars, 15 avril, 22 juin, 5 septembre et 8 novembre. La première foire aura donc lieu le 8 novembre 1793. Il est stipulé qu’il se vendra lors de ces foires tout ce qui se présentera de licite.
Le 14 prairial an 2 (= 2 juin 1794), dans une réponse faite par la municipalité au citoyen administrateur du district de Bourg, on rappelle les dates des six foires annuelles et, surtout, que nos marchés se tenaient suivant l’ancien calendrier tous les lundis. Est-ce à dire qu’il n’existe déjà plus ? On rappelle ensuite que ce marché, qui n’existait pas avant 1789, avait été créé pour divers motifs : le grand nombre de petits marchands de sel, de tabac, de vinaigre, de draps et les taillandiers qui tous dans la médiocrité n’ont d’autres ressources que ce petit commerce. On fait valoir ensuite que sur ce marché, établi en vertu du décret qui autorise les communes a se procurer des foires et marchés, il ne se vend que des œufs, du beurre et de la volaille qui la plupart se donne en échange contre du sel, du vinaigre et autre pour l’usage des maisons de la campagne. On fait encore valoir qu’il n’existe aucun établissement public pour l’utilité de ce petit commerce et que les foires ne durent qu’un jour et le marché deux heures le matin. En conséquence, on demande qu’ils (marché et foires) soient continués si c’est possible le même jour.

Comme on va voir, marchés et foires n’eurent finalement qu’une existence éphémère et tous les arguments produits afin que de telles activités fussent poursuivies restèrent lettre morte.

Dans une délibération du Conseil en date du 18 juillet 1818, le maire expose que la commune de Cras est en quelque sorte le centre d’un commerce assez considérable de bestiaux, volailles et autres comestibles qui sont devenus l’objet de l’industrie d’une partie de ses habitants ; que les communications faciles avec les communes environnantes, la population et les produits de ces communes ont fait depuis longtemps sentir le besoin d’établir dans celle de Cras des foires et marchés pour le débouché des produits des dites communes, ce qui doit épargner à leurs habitants des déplacements considérables et coûteux ; que déjà des foires et marchés ont été établi à cet effet dans la dite commune de Cras mais qu’ils ont été interrompus dans le cours de la Révolution et ont à cet égard subi la fatalité des vicissitudes qui ont attaqué, ébranlé ou détruit les meilleurs institutions.

Afin que soit rétablis marchés et foires, demande est faite au préfet afin qu’il autorise le Conseil municipal à se réunir et l’invite à délibérer sur cet objet.
Le conseil, considérant qu’il y a effectivement existé jadis des foires et marchés dans cette commune ; qu’il s’y faisait un commerce considérable qui y était apporté des communes voisines ; que ces foires et marchés étaient d’autant mieux fréquentés que la situation centrale de la commune de Cras favorisait ses relations avec les communes environnantes et dispensait leurs habitants de parcourir de grandes distances par ses chemins impraticables, ce qui leur était à la fois onéreux et dispendieux ; considérant qu’il ne s’agit que de coordonner le rétablissement de ses foires et marchés avec ceux existant dans la banlieue à un rayon de trois à quatre lieues pour assurer leur prospérité sans nuire à celle des localités dans lesquelles il en existe déjà ; considérant que de temps immémorial les habitants de Cras se livrent au commerce des bestiaux, volailles et comestibles qui se vendent ordinairement dans les foires et marchés, ce qui assure aux marchands la vente certaine de ceux de ces objets qui seraient menés aux marchés de Cras ; considérant que l’établissement demandé est conforme aux principes de justice-distribution qui caractérise si éminemment le premier magistrat de ce département et lui font étendre ses sollicitudes à toutes les communes dont l’administration lui est confiée, le Conseil est d’avis qu’il soit établi dans la commune de Cras un marché hebdomadaire et quatre foires par an ; que le marché soit fixé au lundi de chaque semaine, ce qui le mettrait en rapport avec celui de Montrevel, fixé au mardi, et celui de Bourg, fixé au mercredi, lesquels sont spécialement fréquentés par les approvisionnements de Mâcon, Lyon et Genève ; que les foires seraient fixées ainsi qu’il suit : la première le seize janvier, la deuxième le mardi après Pâques, la troisième le vingt-trois juin et la quatrième le sept septembre, et ce afin de faire coïncider les dites foires avec celles établies dans la commune de Montrevel, lesquelles se tiennent, savoir la première le lendemain de la St-Antoine, la deuxième le mardi après Pâques, la troisième le lendemain de la St-Barnabé et la quatrième le lendemain de la Notre-Dame de septembre.
On ajoute enfin que les affinités qui existent entre les approvisionnements qui se débitent dans ces deux localités ne peuvent que leur rendre respectivement avantageuses les dispositions qui précèdent.

Dans une délibération en date du 27 septembre, on reviendra cependant sur les dates fixées pour les foires : la première, le deux janvier ; la deuxième, le deux avril ; la troisième, le deux juillet et la quatrième, le deux octobre, attendu que dans les communes environnantes et à la distance de deux myriamètres qui sont Bourg, Polliat, Montrevel, Foissiat et Marboz, il n’existe aucune foire ces dits jours, ni les jours rapprochés, ce qui entre parfaitement dans l’intention de Mr le Préfet, et qui ne saurait nuire à la prospérité des autres communes environnantes.

Qu’en fut-il des foires ? Ont-elles seulement existé ? Nous en doutons fort car nous n’en avons pas la moindre preuve. Celles d’Attignat et de Montrevel (surtout), trop proches, ont certainement joué contre elles.

Quant au marché, la demande fut réitérée par la suite et indéfiniment ajournée par décision de M. le Ministre de l’Intérieur (1er mars 1821)¹.

Un marché, un véritable marché, sur la place publique, n’a sans doute pas vu le jour avant le 17 juillet 1895, date de sa création (ou re-création) officielle². Fort tard donc. L’extrait du registre des délibérations du Conseil municipal vaut d’être cité tout entier. Ne pouvant, comme celle d’Attignat, arguer d’une voie de communication aussi importante que la route nationale n° 75, la commune de Cras insiste plutôt, quant à elle, sur l’importance d’un négoce auquel il y aurait tout intérêt à donner un caractère officiel :

« Le Conseil,
Considérant que, depuis mémoire d’homme, il y a toujours eu à Cras des négociants et marchands qui vont acheter dans les maisons, ou qui achètent les œufs, le beurre et les volailles qu’on apporte à leur domicile pendant la semaine, et que ces négociants et marchands revendent sur place à la population ces mêmes marchandises ; ce qui est un vrai marché de fait ;
Considérant que cette sorte de trafic est à la fois profitable aux producteurs, qui écoulent ainsi économiquement leurs produits, et aux consommateurs, qui se pourvoient sans déplacement ;
Considérant que la population éparse, essentiellement agricole, produit relativementbeaucoup d’œufs, de beurre et de volailles, et que la commune seule peut alimenter un marché plus que passable, qui sera encore renforcé par les produits qu’apporteront les habitants des hameaux des communes limitrophes ;
Considérant enfin que, depuis longtemps, les habitants témoignent le désir d’avoir un marché hebdomadaire régulièrement établi et affecté exclusivement à l’alimentation de la commune ;
Demande l’autorisation d’établir à Cras un marché qui se tiendra le jeudi de chaque semaine. »³ (13 juin 1895)


1 ACC, 4 F 1.
2 ACC, 4 F 1.
3 ACC, 4 F 1.


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