Lettre d’un poilu

Marie-Léon-Félix, né aux Perrets le 13 mars 1887, était le fils de Marie-Jules Charnay et de Marie-Madeleine Flottet.

Léon appartenait au 55e R.I.T., 3ème bataillon. Il fut brancardier de la 12ème compagnie puis infirmier de la 9ème compagnie, à Belfort. Son frère Prosper, dont il est question dans sa lettre, avait été tué à l’ennemi le 28 octobre 1914.

Voici ce qu’il écrivait à sa sœur Cécile, le 15 du mois de novembre, soit il y a tout juste 110 ans :

Le 15 novembre 1914. Léon Charnay à Cécile Chapaton aux Perrets.

Illustration : Pfetterhausen, O.-Els. Banhof. Pfetterhouse. La gare.

« Pfetterhausen, le 15 novembre 1914, Sonntag.

Ma chère sœur. Je fais réponse à ta lettre qui

m’a bien fait plaisir en voyant que tu te porte

toujours bien. Pour mois je peut continuer a

te dire que la santé vas a merveille, et j’espère que

ma carte te trouveras de même. J’ai remarqué sur

ta lettre que tu avais bien du travail, beaucoup plus

que moi. Ici il fait aussi un peu plus froid qu[e] d’habi-

tude mais aujourd’hui il à fait tres bon ; le soleil a

même donné sa lumiere. Nous avons été tous les

trois a la grande mèsse, il y avait beaucoup de monde

je t’assure. Et cette après midi on est en train d’

écrire en attendant la soupe. Aujourd’hui je me

suis payer d’un camyon a la crême avec l’

ami Boulet. J’en avais point manger depui le mois

de juillet. Je ne vois pas grand chose a te dire.

Hier les artilleurs on fait marchez leur piece de

canons, cela faisait un bruit épouvantable, il tirer

a 12 k. de loin. Je crois bien que cela ne sert pas

grand chose[1]. Les Boches on bien répondu, mais très

peu surtout du coté de Moss et Bisel. Pour nous c’est

toujous[2] a peu près la même chose. On est toujours bien.

On dit que le 55e veut rentrer en Françe mais il n’y a

rien d’officielle pour le moment. Quand je le saurais je

le dirais soit a Cecile soi a toi. Ce serais pour se reposer car

les cie on fait beaucoup de tranchées et des abatis de bois.

Tu me diras ou tu feras dire a Cécile ou a été Pierre et

se qu’en dit l’oncle Jules au sujet de Prospert. Donne un bonjour

a Auguste de ma part. Tu ne m’a pas dit a quelle endroit

qu’il ete enteré, Prosper. Il ne faut pas vous prendre au dire

du monde, trop souvent c’est faux. Je termine en te souhaiton

le bonsoir. Ton frère qui ne t’oublie pas. L. Charnay au

55 T., 3 Bat., infirm[i]er, 9ci Bef.[3]. Je t’envoi la gare d’ici le train

attend[4]. »[5]


[1] Pour à grand-chose.

[2] = toujours.

[3] Pour Belfort.

[4] Conjectural.

[5] Cette lettre a été retranscrite avec l’orthographe d’origine.

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